
sciencepost.fr · Feb 23, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260223T201500Z
Et si la clé pour diagnostiquer l’une des maladies neurologiques les plus complexes ne se trouvait pas dans une seringue, mais dans votre brosse à cheveux ? Une équipe de chercheurs chinois vient de démontrer que nos cheveux agissent comme une véritable « boîte noire », stockant des données chronologiques sur notre santé que le reste de notre corps finit par effacer. Cette découverte, qui lie étrangement la chevelure, l’intestin et le cerveau, pourrait bien révolutionner le dépistage précoce de la maladie de Parkinson. Le « journal de bord » de la kératine En médecine, le sang est souvent considéré comme l’étalon-or. Pourtant, il possède un défaut majeur : c’est une photographie instantanée. Il nous dit ce qui se passe à la seconde près, mais il oublie vite. Le cheveu, lui, est un film. En poussant d’environ un centimètre par mois, la fibre capillaire emprisonne les minéraux et les métaux présents dans notre métabolisme, créant une archive solide de notre état de santé. En analysant la chevelure de 60 patients atteints de la maladie de Parkinson, le biologiste Ming Li et son équipe de l’université du Hebei ont découvert une anomalie frappante. Là où les tests sanguins restaient parfois ambigus, les cheveux révélaient une « signature métallique » radicalement différente de celle des sujets sains. Le mystère du « vol » de minéraux L’aspect le plus fascinant de cette étude, publiée dans la revue iScience, ne réside pas seulement dans ce que l’on trouve dans le cheveu, mais dans ce qu’il y manque. Les chercheurs ont observé une chute drastique de certains métaux essentiels. Mais pourquoi le corps en manquerait-il ? La réponse se trouve bien plus bas : dans l’intestin. Pour valider leur hypothèse, l’équipe a reproduit l’expérience sur des modèles murins. Ils ont découvert que chez les sujets Parkinsoniens, la barrière intestinale devient poreuse et les gènes chargés d’absorber les nutriments essentiels « s’éteignent ». C’est ici qu’intervient un acteur inattendu : le microbiome. Les bactéries intestinales, perturbées par la maladie, commencent à « confisquer » ces ressources pour leur propre compte. Ce « vol » métabolique crée une carence que le cerveau ressent violemment, mais que les cheveux sont les seuls à enregistrer de manière indélébile. Crédit : Li et al., iScience , 2026 L’ombre de l’arsenic : un signal d’alarme environnemental L’étude a également mis en lumière un autre secret bien gardé par nos mèches : une présence anormalement élevée de substances toxiques comme l’arsenic. Cette accumulation n’est pas un hasard. Elle souligne le lien de plus en plus évident entre la maladie de Parkinson et notre environnement. Qu’il s’agisse de polluants industriels, de pesticides ou d’une alimentation spécifique (comme une forte consommation de certains produits de la mer), nos cheveux « écoutent » et notent tout. Cette accumulation de poisons environnementaux, combinée au déséquilibre de la flore intestinale, semble former le cocktail explosif qui mène à la dégénérescence neuronale. Vers une révolution du dépistage Jusqu’à présent, les modifications de la flore intestinale apparaissaient des années avant les premiers tremblements, mais restaient difficiles à monitorer de manière simple. Demain, une simple mèche de cheveux pourrait suffire à alerter les cliniciens. En comprenant que Parkinson n’est pas qu’une maladie du cerveau, mais un dysfonctionnement systémique impliquant l’intestin et le métabolisme des métaux, les chercheurs ouvrent la voie à une médecine préventive. Le cheveu devient alors le témoin silencieux d’une bataille qui se joue dans nos organes bien avant que la parole ou le mouvement ne soient affectés. Rédigé par Brice L. Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.