
sciencepost.fr · Feb 22, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260222T143000Z
Depuis des décennies, une crainte hante les démographes : l’humanité aurait-elle atteint son e« plafond biologique » ? Après un siècle de progrès fulgurants, l’idée que nous ayons touché la limite ultime de notre longévité est devenue un lieu commun. Pourtant, une étude monumentale publiée dans Nature Communications vient pulvériser ce diagnostic. En analysant 450 régions d’Europe, des chercheurs ont découvert que la mort n’a pas encore dit son dernier mot, mais qu’elle a choisi son camp : celui des régions qui refusent de stagner. Le mythe du plafond de verre brisé L’étude, qui porte sur 400 millions d’habitants à travers 13 pays, livre un premier constat qui ressemble à un défi lancé à la biologie : aucun signe de ralentissement n’est visible dans les zones les plus performantes. En Suisse, au nord de l’Italie ou dans certaines provinces espagnoles, l’espérance de vie continue de grimper de deux mois et demi par an pour les hommes et d’un mois et demi pour les femmes. Ce gain est identique à celui des décennies précédentes. Pour les Parisiens ou les habitants des Hauts-de-Seine, le « plafond » est un mirage. En 2019, l’espérance de vie y atteignait déjà 83 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes, sans que la courbe ne montre la moindre fatigue. En clair, l’allongement de la vie reste possible et la marge de progression demeure vaste, réfutant les thèses les plus alarmistes sur notre finitude programmée. Le « bug » des 65 ans : quand la machine s’enraye C’est ici que l’étude bascule dans le « Mindfuck » géographique. Si le plafond biologique est une fiction, le fossé social, lui, est bien réel. Depuis 2005, la belle unité européenne en matière de santé s’est fracassée. Nous sommes entrés dans une Europe à deux vitesses. D’un côté, les régions pionnières qui repoussent les limites ; de l’autre, des zones comme la Wallonie, l’Allemagne de l’Est ou les Hauts-de-France où les gains d’espérance de vie stagnent, voire reculent. Le coupable a été identifié : ce n’est ni la mortalité infantile, ni celle des très grands seniors. Le problème se cristallise autour de la tranche d’âge des 55-74 ans. Dans ces régions en difficulté, le risque de décès à 65 ans a cessé de baisser. Pire, chez les femmes des côtes méditerranéennes françaises et dans une grande partie de l’Allemagne, la probabilité de mourir à cet âge charnière a recommencé à augmenter. Crédit : Florian BonnetÉvolution de l’espérance de vie dans les régions les plus avancées et les plus en retard de développement en Europe occidentale, 1992-2019. La courbe rouge (et bleue, respectivement) représente l’espérance de vie moyenne à la naissance des régions appartenant au décile supérieur (et inférieur, respectivement) de la distribution. La courbe noire indique la moyenne des 450 régions. Les valeurs minimales et maximales sont représentées par des symboles spécifiques à chaque région. La longévité, une affaire de code postal ? Comment expliquer qu’un habitant de Madrid continue de gagner du temps de vie quand un habitant de la côte d’Azur voit le sien s’effriter ? L’étude pointe du doigt un cocktail toxique : la persistance des comportements à risque (tabac, alcool) combinée à une alimentation qui se dégrade et un manque d’activité physique. Mais la médecine ne peut pas tout. La crise économique de 2008 aurait également agi comme un révélateur et un accélérateur, creusant les disparités entre les régions qui concentrent les emplois qualifiés et celles qui ont subi un déclassement durable. La longévité ne se joue plus seulement dans les laboratoires de thérapie génique, mais dans la capacité des territoires à offrir des conditions de vie décentes et des infrastructures de santé accessibles. Le message est double : nous avons la preuve scientifique que nous pouvons vivre plus longtemps, car les « régions championnes » le font déjà. Mais ce progrès n’est plus automatique. L’avenir de la longévité humaine ne dépend pas d’un verrou génétique secret, mais de notre capacité à empêcher que la moitié de l’Europe ne décroche sur le bord de la route. Rédigé par Brice L. Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.