
lactualite.com · Feb 19, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260219T224500Z
Karl Bélanger a travaillé pendant près de 20 ans sur la colline parlementaire à Ottawa, notamment à titre d’attaché de presse principal de Jack Layton et de secrétaire principal de Thomas Mulcair. Il a ensuite agi comme directeur national du NPD avant de mettre fin à sa carrière politique à l’automne 2016. En plus d’agir en tant que commentateur et analyste politique à la télé, à la radio et sur le web, Karl est président de Traxxion Stratégies. La photo dans laquelle Mark Carney et Pierre Poilievre se tiennent par la main, priant et se recueillant à la mémoire des victimes qui ont perdu la vie lors de la fusillade de Tumbler Ridge, a fait le tour des médias, et pour cause : le symbole était fort. Les deux hommes s’étaient précédemment rencontrés dans le bureau du premier ministre pour parler de la situation économique et géopolitique du pays et des possibilités de collaboration entre le gouvernement libéral et l’opposition conservatrice. Le tout survient après que Pierre Poilievre eut remporté assez aisément son vote de confiance, obtenant 87,4 % lors du congrès du parti à Calgary. D’aucuns se seraient attendus à ce que le chef de la loyale opposition de Sa Majesté (cela reste son titre officiel) se retrouve ragaillardi par cet appui des militants conservateurs et qu’il reparte à l’assaut de la forteresse libérale. Or, Pierre Poilievre multiplie les offres de collaboration avec le gouvernement. Assistons-nous finalement à l’arrivée d’un Pierre Poilievre 2.0 ? Dans les milieux politiques, on disait pourtant que ce pivot était impossible, que l’homme ne pouvait changer. Certes, il passe plus de temps au gymnase (en tout cas, il en fait la promotion sur ses médias sociaux) et il ne porte plus ses lunettes. Mais ces changements sont cosmétiques et les Canadiens ne sont pas dupes. Or, les photos des derniers jours nous montrent un Pierre Poilievre que les Canadiens ne connaissaient pas. Un Pierre Poilievre posé. Raisonnable. Émotif. Un homme… d’État ? À tout le moins, ces photos avec le premier ministre le mettent pleinement en valeur et donnent l’impression qu’il pourrait l’être. Est-ce que Pierre Poilievre a finalement compris qu’il devait être perçu comme une figure de proue, comme un premier ministre en attente, et non seulement comme le pitbull de l’opposition ? Même à l’époque où il était ministre dans le gouvernement de Stephen Harper, il était toujours à l’offensive. Voilà le Pierre Poilievre que les Canadiens connaissent, un conservateur hyper-partisan, qui impute au gouvernement tous les maux. Ceux qui ne sont pas d’accord sont sans doute des libéraux, à commencer par les médias. Sa manière de faire de la politique est de ne pas faire de quartier, de frapper là où ça fait mal, de revenir à la charge au point de s’acharner et d’y aller de phrases-chocs pour attirer l’attention. Il aborde tous les enjeux du creux des tranchées de la politique partisane. Ce Pierre Poilievre, les Canadiens le connaissent bien et ils ne l’aiment pas tellement. Ils en ont même peur. Toutes les maisons de sondage le confirment : les taux d’approbation de Pierre Poilievre sont dans le rouge partout au pays sauf en Alberta. Il fait pâle figure devant Mark Carney, au point que les rumeurs d’élections anticipées vont bon train à Ottawa. Est-ce à dire que ce rapprochement vise à éviter des élections hâtives ? Il demeure que pour un premier ministre, mettre le pouvoir en jeu est un pari risqué. Certains pourraient donc penser que Mark Carney préférerait compter sur l’appui de Pierre Poilievre pour faire adopter ses politiques, ses lois, ses mesures budgétaires. Ce n’est pas faux et ça lui simplifierait les choses si les conservateurs collaboraient. Après tout, le gouvernement Carney est toujours minoritaire aux Communes, malgré l’arrivée d’un troisième transfuge conservateur, Matt Jeneroux, qui ne prend finalement plus sa retraite comme il l’avait annoncé avant Noël — rappel qu’en dépit du vote de confiance, le leadership de Poilievre demeure instable. Les trois élections partielles à venir (rapidement, n’en doutez pas) pourraient donner à Mark Carney cette majorité tant convoitée — et cela sans élections générales ! Si les libéraux n’obtiennent pas la majorité recherchée en attirant d’autres transfuges ou en remportant les trois sièges bientôt en jeu, Pierre Poilievre ne souhaitera pas fournir à Mark Carney des raisons de déclencher des élections générales. Il faudra mettre l’obstruction au rancart et entrer dans une ère d’opposition constructive. Pierre Poilievre pourrait donc avoir plus de temps que prévu devant lui. Et il en a besoin pour véritablement se transformer en premier ministre en attente et faire croître durablement ses appuis au-delà de sa base électorale, ce qui semble vouloir lui échapper jusqu’à présent.