
midilibre.fr · Feb 15, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260215T144500Z
En juillet 2020, Emmanuelle Gazel devenait la première femme maire de Millau. Le début d’un mandat marqué par un contexte difficile – qui a touché toutes les communes de France. Premier objectif, remettre les finances de la ville en ordre avant de pouvoir développer le plan prévu dans son programme. Malgré tout, la maire sortante revendique « 96 % de projets réalisés ou en cours ». Un argument mis en avant sur les supports de campagne. En regardant dans le rétroviseur des six années de mandat d’Emmanuelle Gazel, difficile d’omettre le volet écologique du programme porté par l’équipe “Millau naturellement”. Une campagne menée à vélo et des promesses d’une ville plus verte dans les années à venir, en phase avec le changement climatique. Qu’en est-il aujourd’hui ? La municipalité actuelle a en effet multiplié les actions pour une ville plus verte. D’abord dans ce qui se voit, par le verdissement des façades entamé et encouragé dans le centre-ville, des espaces plus aérés et un îlot des Sablons prêt à sortir de terre. Mais aussi dans les actions menées auprès des particuliers en ce qui concerne l’habitat. Rénovation des biens, mise aux normes énergétiques… Les logements du centre-ville vétustes ont été accompagnés dans leur mue pour être moins énergivores et répondre aux attentes d’un habitat digne et sain en 2026. Cette aide dans la rénovation des biens est allée de pair avec la lutte menée contre l’habitat indigne dans le centre-ville de Millau avec une mesure importante validée par les élus de la communauté de communes : l’instauration du permis de louer. Une amélioration pour les cyclistes Dans le domaine des transports, la ville avait également promis le déploiement de 4 km de pistes cyclables. Là aussi, une promesse de campagne cochée. Même si les associations spécialistes aimeraient des aménagements sécurisés pour les vélos plus aboutis, il y a du mieux pour circuler à Millau. En témoigne la note du baromètre cyclable établie sur un retour d’expérience des usagers. Elle était de F en 2019, « plutôt défavorable », selon les termes de cet indicateur et elle est désormais passée à C, « plutôt favorable », lors de sa dernière notation fin 2025. La cuisine centrale "projet de coeur" Mais avant tout, la maire sortante place en haut de la hiérarchie, tout le travail réalisé avec la cuisine centrale et la politique du bien manger mise en avant sur les six années. "Un projet de cœur, confie-t-elle. On a mené ce projet de façon transversale, à la fois sur la qualité, le bio, le local, avec des conséquences positives sur l’environnement, les agriculteurs et toute une démarche d’éducation à la santé, au goût des produits de qualité pour les enfants. On apporte les meilleures conditions possibles pour nos enfants, on apprend mieux le ventre plein." Cette amélioration de la qualité dans les assiettes millavoises s’est également accompagnée d’une politique tarifaire forte : des repas à 1 € pour les familles les plus défavorisées. "La nouvelle tarification a permis d’augmenter de plus de 50 % la fréquentation à la cantine et multiplier par trois les personnes qui paient moins de 2 € leur repas." Avec cela, la communauté de communes est parvenue à rendre les transports en commun gratuits avec le déploiement de nouvelles lignes en 2024. Avec toutes ces mesures, "une famille de cinq personnes peut économiser jusqu’à 4 000 € par an", chiffre la maire. La démocratie participative faisait également partie des axes forts du programme d’Emmanuelle Gazel en 2020. Là aussi des mesures qui ont porté leurs fruits avec un audit citoyen lancé dès le début de mandat, une votation citoyenne avec un taux de participation satisfaisant (19 %) mais aussi la mise en place d’un comité citoyen de santé à l’échelle du Parc naturel régional des grands causses, le premier de la région. "Cela permet de redonner confiance aux citoyens envers les politiques. J’ai trouvé que ça avait amené un changement à Millau, loue la maire. Quand on donne les bonnes conditions de travail aux citoyens, il en ressort quelque chose de pertinent." Des finances de la ville plus saines Développer tout un programme demande des moyens. Avant de se lancer pleinement dans la réalisation de ce pourquoi la maire a été élue, une première mission s’est dressée devant l’équipe municipale : une situation financière qualifiée d’alarmante. En effet, les projets réalisés sous l’ancienne mandature ont laissé des traces sur les comptes de la ville avec le seuil d’alerte de la dette dépassé. Il avait atteint les 14 ans en 2021 alors que la limite des services de l’État est placée à 12 ans. Le tout, dans un contexte de crises multiples qui ont fait grimper les coûts. Le Covid d’abord, la guerre en Ukraine ensuite, baisse des dotations de l’État enfin. "C’est quelque chose qui revient souvent chez les habitants, valide Emmanuelle Gazel. Dans la situation actuelle du pays, nos concitoyens sont très attachés à ce que la gestion publique soit cohérente, rigoureuse et responsable". De ce côté, les comptes de la commune sont désormais de retour dans le vert, avec un taux de désendettement passé à 10,24 ans. 43 M€ d’investissements Une fois le contexte posé, il a fallu faire preuve d’agilité pour maintenir des investissements et de ce côté, la municipalité en est à 43 M€ sur le mandat, alors qu’elle en avait prévu 25 M€ après le premier audit financier réalisé. Une somme plus élevée que celle du mandat précédent (40 M€). "Le temps où l’on dépense sans compter est fini, avec mon équipe on a fait preuve de responsabilité, sans rogner sur les investissements et avec une situation financière rétablie." Chaque débat d’orientations budgétaires a été l’occasion de rappeler les efforts de la collectivité pour rogner les moindres dépenses et le travail fait par les services à ce sujet pour dégager de l’épargne. Le tout, sans toucher à l’impôt, ce qui était une promesse de campagne en 2020, cette fois tenue (elle ne l’avait pas été en 2014 par son prédécesseur et désormais adversaire Christophe Saint-Pierre). Cela a permis d’ajouter quelques lignes au programme, comme la récente arrivée du terrain synthétique, la création de terrains de padel sur les hauteurs de Millau et la mise en route du complexe sportif, où, la aussi, bon nombre d’économies ont été faites par rapport au projet initial. Si l’enveloppe finale a gonflé en raison de l’inflation, elle aurait été encore plus lourde à porter sans certains ajustements. L’accessibilité, "une frustration" pour Emmanuelle Gazel Les satisfactions d’Emmanuelle Gazel sont nombreuses, en témoigne le document distribué fin 2025 pour le traditionnel point d’étape du mandat, avec les projets réalisés, en cours, ou non faits. 96,6 % d’entre eux sont faits ou en voie d’être terminés. Si une minorité est encore en rouge, la maire revient sur sa plus grande frustration de ce mandat : l’accessibilité de la ville. "Je pense qu’avec plus de moyens on aurait pu faire encore plus, avoue-t-elle. Il reste beaucoup à faire pour rendre le patrimoine communal au sens large plus accessible. Y compris les voiries, les trottoirs… C’est peut-être un regret. Il faut des moyens colossaux pour rendre nos bâtiments et nos rues pleinement accessibles, aux PMR, mais également aux personnes âgées." Des vieux bâtiments répondent en effet difficilement aux normes de 2026 et ont besoin d’un coup de fraîcheur. "Il y a des bâtiments qui ne sont pas rénovés aussi vite que ce que l’on aimerait, comme le gymnase du Puits-de-Calès, on sait que les sols argileux bougent, il va falloir y aller. Il faut aussi revoir l’accessibilité du musée… Cela demande beaucoup de moyens qu’on n’avait pas et il y a une frustration par rapport à ça." Piétonnisation, démissions et attaques violentes Il était impossible de revenir sur six années de gouvernance sans évoquer l’épisode de la piétonnisation en centre-ville. Trois expérimentations pour « apaiser » le poisson, selon les termes employés à l’époque. "On a voulu trop écouter, concède Emmanuelle Gazel. On a fait trois expérimentations et c’était une bêtise." La version de l’été 2022 a été la plus critiquée. "Ça a été une mauvaise chose, je pense qu’on a voulu aller trop vite et trop loin et ça n’a pas fonctionné. La troisième version était un troisième changement et ça faisait beaucoup." Conséquence : une mobilisation de commerçants venus porter leur mécontentement en conseil municipal, largement appuyés par le groupe “Millau en Action” qui s’est engouffré dans cette brèche, et continue d’agiter le drapeau rouge pendant cette campagne. "Si c’était à refaire, je concerterais beaucoup plus en amont et je crois que l’expérimentation sur ces changements, de sens de circulation, ce n’est pas une bonne chose. Les gens n’aiment pas les changements. Certaines personnes de bonne foi m’ont dit après ces trois ans qu’ils ne savaient plus ce qui était ouvert ou pas, on les a perdus." "Ça reste douloureux" En plus de la piétonnisation qui était au cœur des discussions millavoises pendant un temps, le conseil municipal a également été marqué par une série de démissions, dans la majorité et l’opposition par la suite. Une première salve de trois élus en 2022, puis la constitution du groupe “Vraie pluralité” avec sept élus qui se sont émancipés de la majorité pour finalement démissionner. Enfin, Gilles Tulsa, dernier démissionnaire, avec en toile de fond… La piétonnisation. "Ça reste douloureux, concède Emmanuelle Gazel. En politique, on met des protections envers ses adversaires, pas ses soutiens. On dit qu’il n’y a pas d’ami en politique mais ma façon de voir les choses est de faire confiance aux gens. Je ne sais pas fonctionner différemment. L’expérience vécue avec les trahisons aurait dû faire que je me protège davantage mais je ne sais pas faire. J’ai besoin d’avoir confiance en l’équipe avec laquelle je travaille. Je reste vulnérable mais cet idéalisme humain me donne de la force. J’ai besoin de croire que les gens sont de bonne foi." Dans la foulée, espérant déclencher de