
action-nationale.qc.ca · Feb 17, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260217T223000Z
La bête est gravide. Brutale, impulsive et violente, elle restera imprévisible. Mais il faut savoir qu’elle mènera à son terme ce qu’elle annonce et révèle : les États-Unis sont lancés dans une outrance encore difficile à qualifier. Impérialisme vorace, autoritarisme autocratique, dévoré par le racisme, le régime restera chaotique. Les dégâts déjà faits laissent craindre pour ceux qui viennent, mais rien ne sert de céder aux hyperboles que sa présidence hystérique assène chaque jour. Il faudra, pour les peuples comme pour les États, beaucoup de retenue et de sang-froid. L’ordre du monde se redéfinit, mu par des forces qui se réarrangeront dans un complexe faisceau d’intérêts et d’hostilités. Pour les petites nations, les voies de l’avenir seront plus étroites que jamais. La logique impériale ne respecte rien ni personne. Surtout quand elle n’hésite pas à disloquer ce qu’elle convoite. Le Groenland à cet égard fait figure emblématique. Les petites nations n’ont d’autre choix que de compenser par la cohésion, la ruse et la discipline collective la force qu’elles n’ont pas. Leur destin tient toujours à leur capacité de déjouer un ordre imposé. C’est notre cas depuis toujours et à cet égard, il n’y a rien de particulièrement nouveau dans la conjoncture présente. Notre existence restera toujours une victoire sur l’improbable, mais nous gagnerons en marge de manœuvre ce que nous pourrons comprendre des failles que la brutalité américaine creuse dans le régime qui nous subordonne. Il s’agit donc pour nous d’avoir une politique et non pas seulement de nous contenter des condamnations morales. Et cette politique ne se peut concevoir qu’en réfléchissant à ce que change la position américaine dans la compréhension que nous pouvons avoir d’un autre ordre imposé, celui du carcan canadian. Pour le Québec, l’embardée américaine reste certes une menace, mais il faut aussi la voir comme un révélateur. Nous n’avons aucune prise sur les dynamiques socio-politiques américaines et ce que ses citoyens feront du régime en gestation. Mais ce que les États-Unis ambitionnent de faire du continent nous renvoie cependant à une vision de nous-mêmes et du destin que nous pouvons espérer poursuivre. Comme il s’agit d’enjeux géostratégiques et de relations internationales, il faut d’abord réaliser que le Canada dresse un mur entre nous et le monde. Il faut entreprendre une réflexion intensive sur ce que la conjoncture peut offrir comme espace de ruse et de contournement, voire de compromis. Seule la perspective de l’indépendance peut nous en assurer l’accès et des perspectives conformes à nos intérêts. Le Québec ne peut parler pour lui-même, ne peut appréhender le cadre des discussions qu’au travers de ce que le Canada lui en laisse savoir. Les négociations commerciales en sont une illustration flagrante : le Québec est une monnaie d’échange qui ne fait pas le poids vis-à-vis de l’Ontario pas plus que la nature et la hauteur de ses exportations ne le font devant le pétrole albertain et les minerais de l’Ouest. Il en va de même pour l’ensemble des enjeux liés à la politique continentale en redéfinition. C’est le Canada qui nous assigne une place et définit notre rôle. Peu importe qu’il le fasse avec du personnel québécois trop heureux de servir la politique des autres. Vue d’Ottawa, il n’existe pas une telle chose que l’intérêt national du Québec. Tout au plus est-il considéré comme une réalité régionale, un élément à intégrer dans ce que Mark Carney souhaite faire : une seule économie canadienne. Nous n’avons rien à faire de la dislocation du Canada car la combattre ne se fait qu’au prix de notre propre effacement. Que l’Alberta s’en aille, que l’Ontario se fâche des arrangements avec les Américains, ce ne sont pas des inquiétudes que nous devrions avoir. Notre destin n’est pas lié aux leurs. Le régime qui a depuis toujours érodé la place et les pouvoirs du Québec s’est donné les outils pour se légitimer dans la crise tarifaire : la loi C-5 est venue consacrer la poussée centralisatrice ultime qu’Ottawa entend réaliser à la faveur des reconfigurations en cours. La province de Québec ne sera plus qu’une instance subalterne. Le Canada qui ne se gênait pas pour provoquer une véritable noyade démographique, qui n’avait aucun scrupule à multiplier les empiètements sur les champs de compétence et à transgresser comme il l’entend les règles qu’il a pourtant lui-même imposées depuis 1982. Est-ce avec ce Canada-là qu’il faudrait chercher les meilleurs moyens de se tirer d’affaires dans le contexte actuel? Il faut une dose massive d’auto-aveuglement pour s’imaginer que les intérêts du Québec et ceux du Canada convergent et que le gouvernement d’Ottawa est notre meilleur instrument pour faire face aux orages qui grondent. La CAQ a ruiné l’illusion de la troisième voie, le Canada a réglé la question du Québec et n’accorde aucune attention aux quémandeurs de compromis. Toute l’élite velléitaire refuse de prendre acte et le déni lui sert de paravent de soumission. L’épisode autonomiste nous aura fait perdre une décennie : attentisme, refus cavalier, humiliation et résignation en ont fait la trame de fond et produit une régression nationale pour nous enfermer davantage dans la chambre à ratatinement provincial et miner la confiance en notre seul demi-État. Le renouvellement des partis qui se disent fédéralistes pour mieux se dissoudre dans la logique centralisatrice donne d’ores et déjà lieu à des singuliers arrangements avec l’honneur et la dignité. Les fleurs de rhétorique ne leur serviront qu’à porter plus loin encore le consentement à la minorisation. Les commentateurs partisans de l’ordre canadian n’ont rien négligé pour fabriquer des nuances dans le bilan de François Legault, trouvant ici un gain pour l’économie, là un gain pour l’éducation, etc. sans souligner cependant que rien dans les affaires provinciales ne peut être tenu pour pérenne. C’est vrai pour la loi 21, c’est vrai pour la loi 96 comme ce l’est pour toute chose dans ce régime qui piétine les compétences provinciales tout autant qu’il change les règles du jeu quand et comme bon lui semble. Tous les reculs, des plus évidents au plus sournois, sont toujours justifiés par l’éternelle minimisation des pertes, la matrice culturelle de la minorisation intériorisée. Et cela ne s’arrêtera pas. À moins de consentir à se laisser ballotter comme un bouchon sur la mer agitée, les Québécois et le Québec devront cesser de se représenter dans un jeu d’ombres chinoises pour nourrir des attentes à l’endroit de ce qu’ils voudraient que le Canada devienne. L’arrangement politique avec le Canada est déjà fait : il est à prendre tel quel et à ses conditions. La gouverne de la province de Québec est déjà définie : son gouvernement n’a plus les moyens de ses responsabilités et les choix qui se posent à lui sont et seront ceux du rapetissement. Déjà le budget de la santé gruge près de la moitié des ressources et cela va continuer de croître puisque la reddition devant le lobby médical est totale. Ce sont les autres missions de l’État qui vont devoir ratatiner. Les « pragmatiques » provinciaux n’auront plus d’autre choix que de renoncer par abandon pur et simple ou par consentement à ce qu’Ottawa prenne les choses en main. Ils se feront agents d’érosion de l’intérêt national. Ce que nous avons bâti avec des aspirations qui s’inspiraient d’une vision pourtant bien pâle de ce dernier disparaîtra pour se dissoudre dans les choix canadian. C’est notre existence nationale qui est en jeu dans la crise présente et il faut la lire dans le portrait contrasté des choix et des dilemmes qu’impose l’impérialisme américain au continent. Les inconditionnels du régime prêchent désormais à visage découvert. C’est l’adhésion à l’ordre imposé qui s’affiche sans fard. Le « rally around the flag » a déjà porté Carney au pouvoir. Il faut voir et faire voir ce qu’il fait en notre nom et sur notre dos. Dans quoi tente-t-il de nous embringuer au Qatar ou à Davos et à coup sûr à Washington. En ce sens, la campagne pour l’indépendance n’est pas seulement une affaire électorale, c’est d’abord et avant tout un effort d’arrachement aux réflexes de la survivance, ceux-là qui font toujours baisser les seuils de consentement à l’ordre canadian. On doit voir là le premier objectif de mobilisation du mouvement indépendantiste. Les groupes qui s’activent dans les multiples forums et sur les réseaux sociaux doivent intensifier les efforts de dévoilement de la logique sournoise du régime. C’est bien plus qu’un effort de déploiement de l’argumentaire sur le bien-fondé de l’indépendance qu’il faut réaliser. Il faut construire les voies de neutralisation et de contournement du consentement médiatique distillé par le cadrage du récit canadian comme référent de base de l’écosystème dans son ensemble. Radio-Canada y tient une place centrale en tant qu’instance de nation building canadian. C’est une formidable machine à euphémismes et à périphrases au service de la déréalisation de la question nationale et du renforcement des catégories de construction du réel tel que le Canada est en train de le façonner. Le discours de l’ordre établi tel qu’il sert de toile de fond au monde médiatique éloigne de plus en plus les Québécois d’eux-mêmes. L’intérêt national y est absent, le combat pour l’autodétermination y est traité comme une option politicienne. Globalement, la prégnance de la question nationale y est traitée comme une scorie dans la logique du régime, analysée dans des catégories qui restent prisonnières de la logique politicienne, comme un enjeu de déplacement de clientèle électorale. Le malaise et le déclin des médias traditionnels se doublent, dans notre combat national, d’un refus de le considérer comme exigence vitale. Le récit médiatique est globalement détaché des enjeux existentiels. L’activisme et les pratiques politiques numériques des multiples groupes indépendantistes qui s’y déploient devraient permettre de les replacer dans le registre nat