
ledevoir.com · Feb 20, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260220T061500Z
Que le député néodémocrate québécois Alexandre Boulerice se prépare à quitter la scène fédérale pour rejoindre Québec solidaire (QS), à peine en moins mauvaise posture que la formation qu’il déserte, en dit long sur la déliquescence du Nouveau Parti démocratique (NPD). Que QS soit menotté par ses statuts, qui l’empêchent de l’accueillir dans ses rangs sans encombre, en dit tout autant sur la sclérose idéologique du parti de gauche.Le désenchantement d’Alexandre Boulerice, après 15 ans au Parlement d’Ottawa, n’a rien d’étonnant. L’ex-chef adjoint du NPD, qui en négociant l’entente de collaboration de son parti avec l’ancien gouvernement de Justin Trudeau en était pratiquement devenu un ministre officieux, a été relégué député d’arrière-ban d’un parti n’étant même plus reconnu aux Communes. La chute d’une telle influence vers une quasi-invisibilité, qui n’est en outre pas près de changer, ne peut être que brutale.Pendant que les néodémocrates désignent leur prochain chef dans le marasme le plus complet, le canard boiteux Pierre Poilievre perd les rênes de son caucus conservateur un député à la fois. Le premier ministre Mark Carney vogue vers une majorité, néodémocrates et conservateurs étant chacun résignés à attendre de voir son règne passer.Les fortunes électorales de QS ne s’annoncent pas beaucoup plus heureuses que celles du NPD. Mais si M. Boulerice veut malgré tout tenter d’y apporter sa contribution — avec une crédibilité et une notoriété lui ayant permis de conserver sa circonscription fédérale avec plus de 5500 voix malgré la déconfiture du NPD —, QS ne peut franchement pas s’en passer.Les solidaires ont entièrement raison d’insister pour que la politique soit davantage représentative de notre société. Se menotter dans un dogmatisme inflexible, en n’acceptant que les candidatures féminines ou non binaires dans les circonscriptions qu’ils détiennent, était cependant voué à l’impasse actuelle. QS n’allait jamais avoir le luxe de bouder une candidature vedette, même masculine. Ce qui ne l’empêche pas de présenter une candidature féminine dans toutes ses autres circonscriptions qui seront laissées vacantes.L’exception réclamée pour M. Boulerice dans Gouin, château fort de Gabriel Nadeau-Dubois et de Françoise David avant lui, n’est pas simplement celle qui « confirme la règle », comme tente de s’en défendre la co-porte-parole Ruba Ghazal, mais plutôt celle qui atteste que le parti a fait fausse route. Exiger une égalité des chances en présentant des candidatures de groupes moins représentés aux investitures, tout en laissant les membres trancher, aurait évité d’avoir à renier ainsi moins d’un an plus tard sa propre résolution.Quelque 140 délégués de QS auront l’occasion samedi d’appuyer l’exemption pragmatique réclamée par les instances du parti, non sans contestation dans leurs rangs. Ce sera peut-être l’heure de faire ce choix entre orientation stratégique et conviction idéologique que les implorait de faire enfin l’un des leurs, dans nos pages cette semaine. L’épisode aura toutefois une fois de plus exhibé, à huit mois des élections, des débats internes bien loin des préoccupations citoyennes.Ce tiraillement, le NPD l’éprouve également dans le cadre de sa discrète course à la chefferie opposant les tenants du statu quo d’un pragmatisme à ceux de l’audace d’un idéalisme. Et l’écartèlement n’y est pas moins clivant, les partisans de la continuité fomentant activement un mouvement de résistance contre le présumé meneur de la course, Avi Lewis, résolument à gauche et proposant un « New Deal vert » ainsi que la nationalisation d’épiceries et de fournisseurs de télécommunications. Or, cette course doit servir à « rebâtir le NPD » en une option électorale sociale-démocrate crédible, s’est permis d’affirmer l’ex-ministre du seul gouvernement néodémocrate albertain, Shannon Phillips, qui appuie l’une des adversaires de M. Lewis, Heather McPherson.Un pragmatisme effectif aurait cela dit surtout commandé qu’un parti aspirant sérieusement au pouvoir soit en mesure de s’adresser à l’ensemble des électeurs du Canada et du Québec, et non qu’il se cantonne à débattre entre les tout derniers convaincus, et de surcroît uniquement en anglais.Que les aspirants chefs néodémocrates ne soient en mesure que de baragouiner ou de s’exprimer tout au plus sommairement en français n’offusque pourtant aucun de ces néodémocrates tenant soi-disant mordicus à ce que leur parti se présente comme un gouvernement en attente… Lequel ne comptera plus un seul élu bilingue après le départ annoncé d’Alexandre Boulerice. La vague orange qui avait déferlé s’est non seulement brisée, elle s’est maintenant entièrement retirée.À Québec comme à Ottawa, le rebrassage politique qui s’opère laisse pourtant vacant tout un flanc gauche progressiste de l’échiquier. Et ses électeurs, en soif d’un véhicule pour porter leurs préoccupations et leurs idées. Il revient à QS et au NPD de se recadrer à leur tour afin de leur parler.