
lanouvellerepublique.fr · Feb 20, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260220T194500Z
Les tensions aiguës qui traversent le monde agricole n’épargneront pas le Salon international de l’agriculture (SIA). Après la Confédération agricole, classée à gauche, la Coordination rurale (CR) a dit vendredi 20 février son intention de boycotter l’inauguration du SIA par Emmanuel Macron. « Dans l’instant, nous ne souhaitons pas être présents au petit-déjeuner en compagnie du président de la République », a indiqué le président de la CR Bertrand Venteau, confirmant une information du site Contexte. « Je lui déconseille d’essayer de venir nous voir, l’accueil risque d’être rude », a même ajouté François Walraet, le secrétaire général du deuxième syndicat agricole.Seuls la FNSEA, première organisation syndicale, et les Jeunes Agriculteurs (JA) s’afficheront donc au côté du chef de l’État. Le salon « doit rester un lieu de convivialité et d’échanges », mais sans cacher « une crise agricole qui se déroule depuis maintenant trois ans », déclarait mercredi le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau.Une absence de « vision » de l’agriculture françaiseDepuis trois ans, les mois qui précédent le salon sont le théâtre de manifestations d’ampleur. En 2024, pour demander du revenu, de la considération et un avenir. En 2025, pour réclamer la concrétisation des promesses repoussées par l’instabilité gouvernementale. En 2026, c’est la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest qui a fait déborder le vase, s’ajoutant aux inquiétudes sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur, une balance commerciale au bord du déficit et des aléas climatiques toujours plus intenses.Dans les fermes, la lassitude le dispute à l’exaspération. L’agriculture a fait la une tout au long de l’année, les débats sur la loi Duplomb ont exacerbé les fractures sociétales et politiques entre défenseurs de l’environnement et ceux du productivisme face à la concurrence étrangère. Le gouvernement, lui, a multiplié les annonces entre décembre et janvier, au point que le salon s’est transformé en point d’étape sur l’avancée de plusieurs dossiers : les conférences de la souveraineté alimentaire, la politique de l’eau et la construction d’une « loi d’urgence agricole », dont les contours restent flous. Concernant la prédation affectant les troupeaux, le gouvernement a fait de premières annonces lundi, en indiquant que les tirs seraient autorisés contre un loup ayant attaqué un troupeau, même si ce dernier ne fait pas l’objet de mesures de protection particulières.À un peu moins d’un an de l’élection présidentielle, les syndicats agricoles n’attendent plus réellement de « vision de l’agriculture française », dixit la FNSEA, au sommet de l’État. Emmanuel Macron s’est d’ailleurs contenté de livrer trois mots clés début février, lors d’une visite de ferme, pour définir ses orientations : « production, préservation, protection ». Mais pour le premier syndicat agricole, « les agriculteurs attendent de la cohérence et du courage politique », en particulier sur le retour au Parlement de la loi Duplomb, que l’exécutif hésite à soutenir. Quant à la loi d’urgence agricole, « à ce stade, on n’a même pas de trame » de la part du gouvernement, déplore Arnaud Rousseau.Des déambulations très encadréesContrairement à la FNSEA et aux JA, qui apparaissent encore une fois comme les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics, la CR, elle, s’inscrit en opposition frontale avec le gouvernement. « On ne va pas au salon pour faire la kermesse, on y va pour interpeller nos politiques et demander à l’amont et à l’aval qu’ils soutiennent nos demandes », précise Bertrand Venteau, le président de la CR, citant les banques ou les supermarchés, alors que les négociations entre agro-industriels et grande distribution doivent se conclure avant la fin du SIA.« On ne peut mettre la pression sur le salon chaque année », prévient de son côté Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca (organisateur de l’événement), rappelant que manifestations et tractage sont interdits sur le site et que les déambulations des politiques sont encore « plus encadrées » cette année.Avec AFPSalon international de l’agriculture, du 21 février au 1er mars 2026, Paris Expo porte de Versailles.