
ledevoir.com · Mar 1, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260301T191500Z
Le Moyen-Orient est à nouveau sous tension avec la reprise des hostilités entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Les deux pays alliés ont lancé une nouvelle offensive contre Téhéran durant le week-end, en parvenant à tuer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, et de hauts responsables du régime.L’Iran est pratiquement sans défense aérienne depuis la dernière attaque concertée par les États-Unis et Israël, en juin dernier, mais cela ne l’a pas empêché de frapper à son tour les pays arabes et son ennemi juré, l’État hébreu, que la théocratie iranienne anéantirait si elle en avait les capacités militaires. Ce régime, qui a tourné son courroux contre le peuple iranien avec une cruauté qui n’est pas sans rappeler les derniers jours du régime Al-Assad, en Syrie, n’inspire aucune sympathie.Le Canada s’est d’ailleurs rangé derrière les frappes américano-israéliennes, par principe, sans participer activement à l’offensive. La République islamique d’Iran est « la principale source d’instabilité et de terreur au Moyen-Orient », en plus d’afficher « l’un des pires bilans au monde en matière des droits de la personne », a rappelé le premier ministre du Canada, Mark Carney.Il n’a pas tort. Au plus fort de son influence, l’Iran parvenait à financer des milices ou des groupes terroristes qui perturbaient la politique intérieure du Liban, de la Palestine, de la Syrie, de l’Irak et du Yémen. En prime, les drones iraniens ont été mis au service de la barbarie de Poutine en Ukraine.Toutefois, l’appui du premier ministre Carney détonne par rapport à son discours de Davos, où il a dénoncé l’action unilatérale des grandes puissances. Le Bloc québécois aurait préféré que les négociations, les sanctions et le droit international prévalent sur la force militaire, tout en reconnaissant la menace de Téhéran. Le propos de son chef, Yves-François Blanchet, est dans le prolongement de la condamnation des frappes par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, inquiet de l’embrasement du monde.La diplomatie a montré ses limites contre l’Iran, un État voyou qui n’a jamais démantelé son programme nucléaire au complet, pas plus qu’il n’a interrompu son soutien à des entités terroristes de la région. Mis au pied du mur par les protestations de la société civile, le régime a tourné les fusils contre son peuple, faisant de 3000 à 7000 morts dans les dernières semaines. Le président Trump a d’ailleurs interpellé directement la société civile iranienne, au moment de larguer les bombes. « L’heure de votre liberté est à portée de main », a-t-il dit, exhortant le peuple à « s’emparer du pouvoir ».Malgré l’aversion qu’inspire le régime des ayatollahs, cette nouvelle offensive s’inscrit dans une tendance préoccupante, soit le retour de la diplomatie par les bombes par les superpuissances. Cette attaque survient à un moment où les ambitions nucléaires iraniennes ne constituent plus une menace immédiate, en raison des frappes de l’été dernier.Encore une fois, le président Trump a outrepassé le Congrès américain, gracieuseté d’une majorité républicaine servile qui ne trouve rien à redire. Un élu républicain, Thomas Massie, fait cavalier seul dans son camp en condamnant l’attaque et en exigeant un vote du Congrès sur cette guerre contre l’Iran.Le camp démocrate a aussi déploré le caractère illégal et anticonstitutionnel de l’attaque contre l’Iran, avec la dissidence du sénateur démocrate John Fetterman, qui voit poindre à l’horizon « une paix véritable » dans la région. C’est comme si les États-Unis n’avaient tiré aucune leçon des interventions militaires en Afghanistan et en Irak. Dans ces deux campagnes aussi, on nous promettait la paix, la libération du peuple et l’éclosion de la démocratie.Dans l’immédiat, les frappes ont atteint leur objectif, grâce à la supériorité militaire aérienne des États-Unis et à la coordination du renseignement avec Israël. Le régime iranien est affaibli, mais pas au point de la capitulation. Téhéran a réagi prestement en frappant des bases militaires américaines au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn. Israël, la Jordanie et l’Arabie saoudite ont aussi été ciblés en riposte. Le détroit d’Ormuz, route névralgique pour l’exportation du cinquième du pétrole dans le monde, pourrait être ciblé.La théocratie iranienne est ébranlée, mais ne sous-estimons pas la puissance de son instinct de survie et la férocité de sa répression du peuple. Trump pose en libérateur, comme au Venezuela. Il nous dira bientôt qu’il a amené la paix au Moyen-Orient pour la première fois depuis des millénaires. En réalité, il a entraîné les États-Unis dans une nouvelle offensive unilatérale, sans aucune garantie de paix. La libération par le chaos reste un pari audacieux et risqué pour la stabilité du Moyen-Orient. La tyrannie des ayatollahs pourrait bien être remplacée… par la tyrannie des ayatollahs encore plus fauves et vengeurs.