
ledevoir.com · Feb 26, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260226T230000Z
« Nous avons besoin d’une aide de l’étranger. Mais je suis vraiment préoccupé par la manière dont une intervention militaire pourrait être menée. » Le Devoir s’est entretenu mercredi avec un homme résidant à Kermanshah, dans l’ouest de l’Iran. Comme plusieurs de ses compatriotes, il espère que Donald Trump mettra sa menace à exécution en lançant une opération militaire contre le régime des ayatollahs.« Nous avons essayé tellement de façons de réformer le régime. Mais, malheureusement, nous avons échoué », souffle-t-il en citant les révolutions de 2017, de 2019 et de 2022 ainsi que celle des dernières semaines. « La confrontation brutale avec le régime [depuis fin décembre] a semé le désespoir. Beaucoup de gens pensent aujourd’hui que seule une intervention militaire étrangère peut renverser le régime. »Le Devoir a accepté de taire l’identité de cet homme pour des raisons de sécurité. « C’est très dangereux pour moi [de vous parler]. Je pourrais me faire tuer. » La violente répression des manifestations lancées le 28 décembre contre la hausse du coût de la vie a fait plusieurs milliers de morts. Les Gardiens de la révolution ont tiré à balles réelles sur des protestataires, tandis que d’autres ayant été arrêtés ont été condamnés à mort.Les Iraniens subissent depuis plusieurs années une crise économique sévère, découlant entre autres des sanctions économiques occidentales contre le régime des ayatollahs. « La situation économique est absolument catastrophique, poursuit-il. Le salaire minimum mensuel est d’environ 70 $. Beaucoup de gens ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux. » Cet homme d’origine kurde craint toutefois que le chaos s’empare du pays de 92 millions d’habitants si les États-Unis passent à l’offensive. « S’ils décidaient d’attaquer des infrastructures telles que le réseau de gaz naturel ou d’électricité, les conséquences pourraient être catastrophiques. » En prévision d’une attaque, le trentenaire a fait des réserves d’eau, de nourriture, de carburant et s’est muni de batteries solaires.Mais peu d’Iraniens semblent lui avoir emboîté le pas. « Ils sont optimistes car ils pensent que s’il y a une guerre, ce sera comme celle qu’on a connue cet été avec la guerre des 12 jours. » En juin, les États-Unis et Israël ont attaqué exclusivement des cibles liées au programme nucléaire et à l’arsenal de missiles de l’Iran. « [Plusieurs de mes compatriotes] ne pensent pas à l’effondrement du système ; leur haine du régime a atteint son paroxysme. »Dans l’éventualité où les États-Unis comptaient éliminer l’ayatollah Khamenei et les têtes dirigeantes des Gardiens de la révolution, l’homme dit espérer que les émissaires de Trump ont négocié avec des franges plus modérées du régime pour assurer une transition. « Dans un horizon d’un à deux ans, on pourrait ensuite organiser des élections libres en Iran », se met-il à rêver. Ultimes négociationsDes discussions de la dernière chance ont eu lieu jeudi à Genève sous la médiation d’Oman. Les États-Unis cherchent à obtenir des concessions de l’Iran sur son programme nucléaire, son stock de missiles balistiques et son soutien à des milices armées dans la région. En contrepartie, le régime des ayatollahs espère négocier un allègement des sanctions économiques qui minent son économie et nourrissent la révolte populaire.Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et son vice-ministre Majid Takht-Ravanchi mènent la délégation de l’Iran, alors que l’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, et Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, dirigent celle des États-Unis. « L’équipe qui négocie pour les États-Unis n’est pas expérimentée dans les questions liées à l’enrichissement nucléaire et à toute la complexité que cela implique, alors que du côté iranien, les négociateurs ont plus d’expérience dans le dossier nucléaire », analyse Ross Harrison, chercheur principal au Middle East Institute et auteur du livre Decoding Iran’s Foreign Policy.Plusieurs scénarios sont sur la table : une issue diplomatique au conflit, des frappes ciblées de l’armée états-unienne sur des sites militaires et nucléaires iraniens ou encore une véritable guerre avec des troupes états-uniennes au sol. En représailles, l’Iran et ses milices régionales — particulièrement le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen — pourraient lancer des frappes contre des bases militaires états-uniennes au Moyen-Orient et contre l’État d’Israël.Mais une guerre contre l’Iran pourrait être coûteuse politiquement pour les républicains. « La base électorale de Trump est très opposée à tout type de conflit prolongé. Et à l’approche des élections de mi-mandat, toute escalade des hostilités dans le détroit d’Ormuz [qui jouxte l’Iran] ferait grimper les prix du pétrole », rappelle le chercheur.