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Pauvreté Multidimensionnelle - Renu : de lorphelinat au snack , une vie reconstruite brique par brique
defimedia.info
Published about 6 hours ago

Pauvreté Multidimensionnelle - Renu : de lorphelinat au snack , une vie reconstruite brique par brique

defimedia.info · Mar 1, 2026 · Collected from GDELT

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Published: 20260301T161500Z

Full Article

Après plusieurs années de lutte, Renu Dadool est la gérante de son propre snack. Abandonnée à onze ans et survivante de violences conjugales, Renu a bravé la rue pour protéger ses fils. Aujourd’hui entrepreneuse, elle livre un témoignage poignant sur le pouvoir de la résilience et la contribution de l’accompagnement humain des ONG.La pauvreté n’a pas de visage unique. Elle se glisse dans les silences d’une enfance volée, dans les coups que l’on encaisse sans témoin, dans la honte de fuir en pleine nuit avec deux enfants accrochés aux bras. Renu Dadool, entrepreneuse de 38 ans, la connaît sous toutes ses formes. Et elle a choisi, à chaque fois, de ne pas se laisser engloutir.Renu n’a jamais connu son père. À trois ans, sa mère, employée dans un hôtel, refait sa vie. De cette union naissent quatre demi-frères. La petite fille grandit en marge, dans l’ombre d’une famille qui n’est qu’à moitié la sienne.Elle a onze ans quand tout bascule. Son beau-père attente à sa pudeur. Plusieurs fois. Elle en parle à sa mère, victime de violence domestique, qui bat des yeux et détourne le regard. « Li’nn dir mwa li pa pou kav kit li parski li ena zanfan ek li. » Alors, Renu fait ce que peu d’adultes auraient le courage de faire. Seule, à onze ans, elle pousse la porte d’un poste de police.Placée par la Child Development Unit dans un foyer à Forest-Side, elle trouve un semblant de refuge. La justice la transfère ensuite dans un couvent à Port-Louis, en raison de l’absence de sa mère au tribunal. C’est là, entre ces murs, qu’elle passe son adolescence. Qu’elle va au collège D.A.V. Qu’elle apprend à se construire sans filet.À 18 ans, le School Certificate en poche, elle quitte le foyer. À 19 ans, elle se marie et devient mère. Elle croit, peut-être, que le pire est derrière elle. Mais ce qui aurait pu être une nouvelle vie bascule au bout de seulement trois ans.Son mari est maçon. Pêcheur parfois. L’emploi est instable. Les nuits de plus en plus étranges. Il rentre à l’aube, après avoir erré dans les cimetières. Il brise des objets. Il danse seul dans le noir. Puis, il lève la main. « Li ti pe kraz partou. Li ti pe bwar ek danse enn lanwit. Li’nn koumans dir mwa bann kitsoz ki pa bizin ek li’nn koumans bat mwa. Li ti ena enn problem mantal. Mo’nn sey ed li ek amenn li kot dokter, me sa pa’nn marse. »Elle essaie. Elle attend. Elle espère que la médecine fera ce que l’amour n’a pas pu faire. Elle donne naissance à un deuxième enfant. Entre les murs de cette maison, des sabres sont brandis. Des menaces proférées. Elle encaisse, en silence, comme sa mère avant elle.La violence empireElle alerte la police. Obtient des ordonnances de protection. Mais un papier ne retient pas un bras levé. À 25 ans, elle prend ses deux enfants et part. Placée dans un centre S.O.S Femmes, elle tente de se reconstruire.Quelques mois plus tard, sa belle-mère lui demande de revenir. Elle revient. La violence empire. Cette fois, il n’y a plus de doute. « Mo pa ti ena swa. Mo’nn pran mo de zanfan ek mo’nn al enn sel ale. » Elle ne reviendra plus.De retour au centre S.O.S Femmes, elle respire. Elle suit un accompagnement psychologique. Elle trouve un emploi dans une usine de portes galvanisées. Un métier d’homme, dit-elle, mais qui lui rend quelque chose d’essentiel : la dignité d’un salaire gagné de ses propres mains.Puis, elle devient marchande ambulante. Elle achète des jouets, des vêtements pour enfants, les revend devant Orchard Centre à Quatre-Bornes. Elle surveille sans cesse l’horizon pour guetter les uniformes. Un jour, en fuyant une patrouille, elle oublie son enfant endormi dans un panier. « De fwa kan mo ti pe sove kan lapolis ti pe vini, mo ti mem bliye mo zanfan ki ti pe dormi dan enn panie. » Elle court. Elle revient. L’enfant dort encore.Renu continue de travailler et la recette des ventes lui permet de louer une maison à Quatre-Bornes. Vide, meublée de cartons comme chaises, mais remplie d’amour pour ses enfants. Elle leur assure du lait et des céréales, même si les repas restent simples. Elle continue de travailler et l’argent gagné lui permet de payer un jour la facture de l’eau et un autre, l’électricité. En fin de mois, c’est le loyer. Cela continue jusqu’à ce qu’elle bouge dans une autre maison à Alma.À Alma, des travailleurs sociaux de l’ENL Foundation croisent son chemin. Ils encadrent les jeunes en difficulté et leurs familles vivant dans la localité. On lui propose des formations : estime de soi, cuisine, réseaux sociaux. Elle s’accroche à chaque cours comme à une main tendue. Elle persévère. Grâce à sa détermination, elle bénéficie d’une allocation financière pour lancer un petit commerce.Puis, la COVID frappe. Le monde se ferme. Renu, elle, s’ouvre. Elle prépare des samoussas, prend des commandes en ligne pendant les confinements. Le téléphone sonne. Les commandes s’accumulent. Elle investit dans un frigo, puis un four.Son propre commerceAprès la pandémie, l’activité ralentit. Alors, avec les fonds restants de l’aide financière, elle loue un local à Dagotière et ouvre Renu Snack. « Mo pa ti ena istensil lakwizinn. Mo ti pe pran mo tempo depi lakaz pou vinn kwi dan snack, apre mo retourn li lakaz », raconte-t-elle.Elle prend patience, économise et parvient à s’acheter ses propres ustensiles pour son commerce. Peu à peu, son snack prend forme. Elle commence par proposer des rotis accompagnés de kari. Puis, grâce à son demi-frère pêcheur, elle ajoute du poisson comme gajak. Le bouche-à-oreille fonctionne et elle se tourne vers d’autres marchands pour diversifier son approvisionnement en poissons frais. Elle enrichit son menu avec des ailes de poulet et d’autres spécialités, offrant ainsi une variété appréciée dans ce coin de l’île.Au fil des jours, son snack devient bien plus qu’un commerce. Il incarne son pilier, son indépendance et sa fierté. Elle finira par déménager pour habiter tout près. « Avan kan mo ti pe fini travay, mo ti pe bizin marse dan nwar pou retourn lakaz ek tou mo bann zafer. Aster mo’nn vinn res pre ek li, pli fasil pou mwa pou travay. »Aujourd’hui, son fils aîné travaille comme stagiaire dans une entreprise de télécom-munication. Son cadet de 14 ans est scolarisé dans un collège des Plaines-Wilhems. Grâce au Family Support Programme de l’organisation Lovebridge, ce dernier — qui présente des difficultés scolaires — bénéficie d’un suivi personnalisé auprès de deux ONG partenaires.L’appui de Lovebridge à chaque étapeMais l’appui de Lovebridge ne s’est pas limité à l’éducation. L’organisation a également accompagné Renu Dadool dans la constitution de son dossier pour l’obtention d’une maison de la NHDC, alors qu’elle figurait depuis longtemps sur la liste d’attente. Aujourd’hui, elle est passée en priorité, une avancée majeure pour elle et ses enfants.Renu confie que ce soutien lui a permis de franchir une étape essentielle : officialiser son divorce après 13 années de séparation. « Comme j’étais séparée de mon mari depuis 13 ans et que je n’avais pas encore divorcé, ma demande pour une maison de la NHDC était compliquée. Par peur, je n’arrivais pas à aller voir un avocat. Grâce à l’accompagnement des travailleurs sociaux de Lovebridge, je n’étais plus seule. On m’a guidée à chaque étape. Ce pas décisif m’a permis de consolider mon dossier pour obtenir un logement social. »Elle ajoute : « Avec tout ce que j’ai enduré, je ne me voyais pas aller réclamer des droits de propriété à ma belle-famille et je ne compte pas le faire. Ce que je veux accomplir sera de mes propres mains. Je veux offrir un toit à mes enfants. Si je ne suis plus là un jour, ils auront quelque chose pour eux. C’est le plus important. Moi, j’ai vécu dans un orphelinat. J’avais 22 ans quand ma mère a repris contact avec moi et elle est décédée d’un AVC quand j’avais 25 ans. Je n’ai pas de lieu à moi. »Elle a 38 ans. Elle a traversé l’abandon, les agressions, la violence conjugale, la rue, la précarité. Et elle est debout, derrière le comptoir de son snack à Dagotière, à préparer des rotis pour des gens qui ne savent rien de tout ça. C’est peut-être ça, la résilience. Pas un mot abstrait. Une femme. Un feu allumé. Et la certitude que ses enfants, eux, auront un toit.L’accompagnement humain, clé d’une vie retrouvéeAu-delà de l’aide matérielle, ce qui a véritablement changé la vie de Renu, c’est l’accompagnement humain. Être écoutée, soutenue, guidée… elle parle aujourd’hui avec une gratitude infinie de Lovebridge et de tous ceux qui ont choisi de ne pas détourner le regard quand elle en avait le plus besoin.Son histoire dit quelque chose que les chiffres ne savent pas raconter, mais que les spécialistes soulignent depuis longtemps : la pauvreté ne se mesure pas uniquement en termes de revenus. Elle se loge dans les blessures affectives, dans l’insécurité du quotidien, dans le manque d’accès aux droits les plus fondamentaux, dans cet isolement qui finit par convaincre qu’on ne vaut rien. Aujourd’hui, le snack que Renu tient à Dagotière témoigne d’un chemin parcouru.La Journée mondiale des ONG, célébrée chaque 27 février, tombe à point pour rappeler le rôle concret que jouent ces organisations auprès des familles vulnérables — non seulement en distribuant des aides, mais en accompagnant des personnes comme Renu sur le long terme.Sabrina Puddoo, CSO de Lovebridge : « La pauvreté ne peut être réduite à une simple question de revenus » À Maurice, que signifie l’introduction du Multidimensional Poverty Index dans la lutte contre la pauvreté ? À l’occasion de la Journée mondiale des ONG, observée le 27 février, Sabrina Puddoo, Chief Serving Officer de Lovebridge, répond aux questions de Le Dimanche/L’Hebdo.Le Multidimensional Poverty Index (MPI) permet de mesurer quoi exactement, et en quoi se distingue-t-il des approches traditionnelles ? La pauvreté a été, pendant de nombreuses années, mesurée exclusivement sur un critère monétaire. Le MPI est un outil proposant une approche plus large de la pauvreté, en prenant en considération des critères non monétaires,


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