
lasemaineduroussillon.com · Feb 23, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260223T094500Z
Nuisances sonores : un enjeu de santé publique Dans un rapport sur « les lignes directrices relatives au bruit dans l’environnement » de 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévient : « le bruit est un important enjeu de santé publique, car il influe de manière néfaste sur la santé et le bien-être de l’être humain. » Loin d’être une simple nuisance sonore passagère, l’exposition chronique aux sons indésirables agit comme un « tueur invisible » selon l’organisme. Deux formes principales d’effets pour l’exposition au bruit sont aujourd’hui reconnues. Les premiers sont les « effets auditifs » ou effets à court terme. Il s’agit de la dégradation directe de l’appareil sensoriel, depuis la fatigue auditive temporaire (bourdonnements, sifflements) jusqu’à la surdité professionnelle irréversible. Lorsque l’exposition au bruit est chronique et récurrente on parle « d’effets extra-auditifs ». Cette forme d’exposition peut avoir comme conséquence une perturbation de l’organisme liée au stress sonore, qui entraîne des troubles cardiovasculaires (hypertension), une dégradation du sommeil ou encore une baisse de la concentration et de la vigilance. Après 12 années à la tête de la mairie de Torreilles, Marc Medina laisse derrière lui la trace d’un homme de terrain sensible aux enjeux de santé. Ce que prévoient les CBS et le PPBE Face à ces risques, la directive européenne 2002/49/CE impose aux agglomérations de plus de 100 000 habitants, depuis le milieu des années 2000, de réaliser, tous les 5 ans, des Cartes de bruits stratégiques (CBS) et un Plan de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE). A Perpignan Méditerranée Métropole, le bureau pour la transition écologique et du climat, piloté par le maire de Torreilles Marc Médina, en est le responsable depuis 2023. Véritable radiographie sonore du territoire, les CBS sont des cartes géographiques qui recensent l’exposition aux bruits des transports et des sites industriels. Le PPBE est, lui, un document exhaustif de 257 pages qui, après analyse des CBS, définit des actions à mettre en œuvre afin de prévenir et réduire le bruit dans l’environnement et de protéger les zones calmes. Ce plan de prévention est la partie dite curative de la directive. Censé tirer les conséquences du bilan fait par les CBS, il doit livrer un programme d’actions organisé afin d’aider les citoyens et les collectivités à s’orienter face à la menace des nuisances sonores. Des mesures telles que : la réduction de vitesse sur des axes routiers importantsle développement de mobilités douces pour écarter le trafic le plus bruyant des quartiers résidentiels …sont mises en avant. Une initiative pertinente en apparence, mais dans les faits, les recommandations du PPBE, ont grand mal à se faire entendre par les pouvoirs publics. Un plan non contraignant « Le problème du PPBE c’est qu’il n’est pas contraignant » s’exclame Marc Médina. « Prenez l’exemple d’une commune telle que Pollestres qui se développe proche d’axes routiers importants et qui veut construire un ensemble de résidences. Un plan d’inondation leur interdit de construire dans certaines zones, or les zones constructibles sont proches d’axes routiers. Est-ce qu’on peut s’opposer à la construction alors qu’on sait qu’on devra, à terme, installer des murs antibruit pour protéger les habitants des nuisances sonores liées à l’activité de la route ? Non. » En effet, la directive stipule par exemple que « le dépassement d’une valeur limite (en décibel) n’entraîne pas une obligation automatique de réduction, mais amène seulement les autorités à envisager (…) d’appliquer des mesures. » Carte d’exposition aux bruits liés aux infrastructures routières @ La Semaine du Roussillon Face à la difficulté de faire appliquer, l’importance de faire comprendre Ce laxisme juridique volontaire rend le travail de Marc Médina et son équipe complexe : « Tu es conscient qu’on ne prend en compte tes recommandations uniquement lorsqu’elles sont faciles à mettre en place et peu coûteuses. » Alors, l’enjeu ne serait-il pas ailleurs ? A défaut de contraindre, ce plan ne pourrait-il pas servir de témoin pédagogique pour faire comprendre ? Faire comprendre aux citoyens et aux élus que le bruit n’est pas seulement ce qui émane des baffles de boîtes de nuit ou autres complexes festifs. Mais que le bruit et les nuisances liées sont omniprésents. A tel point que nous ne nous en rendons presque plus compte. Et c’est tout le principe d’une externalité négative : un dommage collatéral généré par les activités des uns, mais supporté par tout le monde. Car quand bien même on ne l’entend pas, le bruit se paye. La pollution sonore a un coût social exorbitant : selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), chaque année 156 milliards d’euros sont dépensés en France pour des hospitalisations pour maladies cardiovasculaires, des arrêts de travail pour burn-out ou dépression liés au bruit. Pour Marc Médina, ces CBS et ce PPBE relèvent donc d’un véritable « enjeu de santé publique ». On ne peut que lui donner raison sur le fond. Mais comment espérer initier les citoyens à un tel enjeu lorsque le seul document de référence est un pavé de 257 pages, saturé de graphiques austères et de calculs complexes ? C’est là tout le défi des politiques publiques de demain. Alors que la menace climatique et les crises environnementales se font de plus en plus pressantes, la méthode du « dossier technique » semble atteindre ses limites. Si ces plans ont le mérite d’exister et de poser un premier diagnostic, ils ne peuvent plus se contenter d’être des formalités administratives destinées à quelques initiés. L’enjeu n’est donc plus seulement d’informer, mais d’éduquer pour pouvoir agir. Pour que la lutte contre les nuisances sonores, ou toute autre pollution, devienne une réalité de terrain, elle doit sortir des classeurs de la mairie pour entrer dans le débat quotidien des habitants. Chiffres clefs 7,8 millions C’est le nombre de Français exposés à un bruit routier supérieur à 50 décibels durant la nuit.15 millions d’acouphéniques En France, un nombre massif de personnes souffrent de sifflements ou bourdonnements permanents.1 adulte sur 4 Proportion de la population touchée par des troubles de l’audition40 000 C’est le nombre de décès annuel liés à la pollution de l’air atmosphérique, principalement causée par les particules fines issues du chauffage et du trafic routier.