
ladepeche.fr · Feb 19, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260219T161500Z
l'essentiel Le gérant d’une société d’élevage et de commercialisation d’ovins et de caprins en Lot-et-Garonne a été jugé pour ses nombreuses pratiques illégales devant le tribunal d’Agen. En plus de maltraitances et non-respect des règles sanitaires, l’homme est soupçonné d’avoir usé de stratagèmes pour dissimuler l’origine de ces animaux. Allant de l’escroquerie à l’échange intracommunautaire d’animaux vivants dans des conditions impropres aux règles sanitaires, en passant par la tromperie sur la nature d’une marchandise et les mauvais traitements d’un animal, la liste d’infractions retenues est abondante. Les manquements de cet éleveur d’ovins et des caprins, cités à comparaître devant le tribunal d’Agen en la double qualité de personne physique et de représentant légal de sa société basée à Buzet-sur-Baïse, ont été percés à jour après l’admission d’une centaine de moutons dans un abattoir de Pézenas, dans l’Hérault. De curieuses disparités apparaissent dans le cheptel de 100 bêtes. Nombreuses d’entre elles, les oreilles blessées, sectionnées, saignantes voire purulentes, ont été démunies de leurs boucles d’identification indispensables à la connaissance du chemin parcouru par l’animal depuis sa naissance. D’autres n’en portent qu’une seule. Le personnel se heurte à l’impossibilité d’identifier la provenance ou le statut sanitaire de ces ovins pourtant destinés à la consommation alimentaire. La brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, saisie par la Direction départementale de protection des populations (DDPP), déroule progressivement le fil des manigances du prévenu de 50 ans, soupçonné d’importer depuis le Portugal des moutons et des chèvres sans autorisation valables, avant de dissimuler leurs origines en arrachant et remplaçant leurs boucles d’identification. Découverte effroyable Pour ce faire, le quinquagénaire aurait fourni des certificats sanitaires falsifiés pour permettre la commercialisation et le transport de ces troupeaux depuis l’étranger, les faisant parfois transiter dans son exploitation lot-et-garonnaise avant de les conduire dans un abattoir, encore une fois, en toute illégalité. Un impact "sur la santé animale et humaine avec un fort risque de diffusion de maladies et une concurrence déloyale pour les éleveurs et abattoirs qui, eux, respectent les lois", appuie l’enquêteur vétérinaire qui, avant d’avoir à contrôler un élevage d’animaux établi à Feugarolles, sur un terrain loué par le mis en cause, n’avait pas été au bout de ses peines. Sous une serre, recouverte d’une bâche faisant grimper le thermomètre à près de 30 degrés, une centaine d’ovins est entassée parmi les cadavres de ses congénères n’ayant pas survécu à ces conditions de détention déplorables. "L’un d’eux, à notre arrivée, pédale, est complètement à l’agonie. Certains ne parviennent pas à se relever. Ils n’ont presque pas d’eau, ni de nourriture. Un liquide nauséabond est observé sur le côté de la structure", détaille l’agent de la brigade nationale des enquêteurs vétérinaires. Plusieurs bêtes, trop malades pour être secourues, sont euthanasiées dans les heures qui suivent. Exercice illégal de la médecine La sordide inspection se poursuit à quelques mètres de là, dans un sous-bois perçu comme un véritable laboratoire d’abattages clandestins. Des carcasses décomposées gisent à proximité de sacs-poubelle contenant des viscères et des peaux d’ovins. En guise de justification, le prévenu explique que ces animaux étaient mis à mort par des clients musulmans en préparation de la fête de l’Aïd, sans bénéficier de son intervention. Les interrogations des magistrats sur ses pratiques médicales douteuses, en l’espèce le fait d’avoir administré des médicaments – acquis de manière frauduleuse – aux animaux qui paraissaient affaiblis, n’ont pas non plus pour effet de le déstabiliser. "Il dit que ce sont exactement les mêmes traitements que ceux qui sont utilisés en France. Il les a simplement achetés au Portugal car ils sont meilleur marché", rapporte l’interprète en portugais de celui qui n’a pas été en capacité de fournir une ordonnance vétérinaire permettant d’étayer ses déclarations. Prison avec sursis et amendes requises Malgré l’exposé d’éléments probants (découverte de boucles françaises et portugaises à son domicile, de seringues, de médicaments, de 46 000 euros en numéraire, des auditions de témoins dénonçant ses méthodes et l’absence de justification pour bon nombre de documents trafiqués…), le prévenu se confond en dénégations. Le tribunal, qui rendra son jugement le 18 mars prochain, a été sollicité par le ministère public de condamner l’éleveur à deux ans d’emprisonnement avec sursis, 20 000 euros d’amende – 40 000 euros pour son entreprise – et à l’interdiction définitive de pratiquer une activité en lien avec des animaux vivants ou morts. Depuis le début de la procédure, l’homme n’a jamais cessé d’exercer et détient toujours des ovins.