
fr.allafrica.com · Mar 2, 2026 · Collected from GDELT
Published: 20260302T131500Z
Les finances publiques restent sous tension. La confiance citoyenne est fragile. Et la marge d'erreur politique s'est dangereusement réduite. C'est dans ce contexte que le ministère des Finances a lancé, cette semaine, les consultations en vue du Budget 2026-27, invitant les forces vives du pays à soumettre leurs propositions avant le 24 mars. L'initiative est salutaire. Mais une consultation n'est pas un exercice cosmétique. Elle doit être un moment de vérité. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Un déficit budgétaire qui tutoie les 10 % du Produit intérieur brut (PIB). Une dette publique qui flirte avec des seuils préoccupants. Des fonds spéciaux exsangues. Un Price Stabilisation Account vidé de sa substance. Le gouvernement répète que la situation héritée était pire que prévu. Peut-être. Mais gouverner ne consiste pas à commenter l'héritage. Il faut désormais assumer le présent. Le Budget 2026-27 devra marquer un tournant : passer du récit à la décision. Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres Première exigence : la crédibilité. Aucun redressement ne tiendra si la population a le sentiment que l'austérité est à géométrie variable. On ne peut pas demander aux ménages de se serrer la ceinture pendant que l'État conserve un train de vie princier. Réduction du nombre de ministres, rationalisation des conseillers, fin des privilèges inutiles, limitation des voyages officiels : ces mesures ne combleront pas à elles seules le déficit. Mais elles enverront un signal politique fort. L'exemplarité n'est pas un slogan, c'est une condition de légitimité. Deuxième impératif : réorienter la dépense publique vers la production. Subventionner la consommation pour acheter la paix sociale est une tentation permanente. Mais c'est une fuite en avant budgétaire. Chaque roupie investie doit augmenter la capacité productive du pays. Infrastructures modernes, transition énergétique, sécurité hydrique, digitalisation, agriculture de précision : voilà les piliers d'une croissance durable. Troisième chantier : la main-d'œuvre. Nous vivons une contradiction structurelle. Les entreprises manquent de bras. Les jeunes manquent de perspectives. Cela traduit un désalignement profond entre formation et besoins réels. Il faut un plan national de la main-d'œuvre, piloté au plus haut niveau, associant syndicats, secteur privé et universités. Cartographier les besoins à cinq, dix, 20 ans. Revaloriser l'enseignement technique. Sortir de l'illusion que tout le monde peut - ou doit - devenir diplômé tertiaire. Quatrième axe : moderniser la politique migratoire. L'immigration économique peut être un levier, mais elle doit être stratégique. Transparente. Encadrée. Alignée sur les priorités sectorielles. Fini les permis distribués sans cohérence. Il faut des quotas clairs, un contrôle renforcé et une gouvernance centralisée. Cinquième priorité : la justice fiscale. Augmenter la TVA serait la solution la plus simple - et la plus injuste. La réforme fiscale doit élargir l'assiette, lutter contre l'évasion, revoir la fiscalité des plus-values immobilières. Dans un contexte de tensions sociales, l'équité est un impératif politique autant qu'économique. Sixième levier : rationaliser l'appareil d'État. Les doublons institutionnels, les conseils d'administration pléthoriques, les nominations de convenance coûtent cher - financièrement et moralement. Fusionner là où c'est pertinent. Évaluer la performance des entreprises publiques. Limiter le cumul des sièges. L'État ne peut plus être un refuge de loyautés partisanes. Septième enjeu : refonder le contrat social. Les prestations universelles ont un coût que nos finances ne peuvent plus absorber sans discernement. Protéger les plus vulnérables, oui. Distribuer indistinctement, non. Il faut passer d'une logique électorale à une logique de ciblage intelligent. Cela exige du courage politique. Huitième dimension : la stratégie d'exportation. Le contexte international se durcit. Les équilibres commerciaux évoluent. Maurice doit diversifier ses marchés, monter en gamme, investir dans les services à forte valeur ajoutée, la finance verte, les technologies régionales. Sans vision claire, l'économie restera dépendante des vents extérieurs. Enfin, il y a la question de la visibilité. Les entreprises n'exigent pas l'impossible. Elles demandent de la stabilité. Un cap fiscal lisible. Une politique énergétique cohérente. Une trajectoire d'endettement maîtrisée. L'incertitude est l'ennemi de l'investissement. Le ministère des Finances affirme que l'économie et l'inclusivité seront au cœur du Budget 2026-27. Soit. Mais l'inclusivité sans soutenabilité est un mirage. La croissance sans crédibilité est éphémère. La consultation budgétaire ne doit pas devenir un inventaire de revendications. Elle doit être un exercice de maturité collective. Les syndicats, le patronat, la société civile et les citoyens doivent proposer en tenant compte des contraintes. L'ère des promesses faciles est terminée.